mardi 22 novembre 2011

Les débuts de Hollywood

Naissance et montée de Hollywood (1910 à 1927)
           Pour comprendre le Hollywood d'aujourd'hui, il faut commencer par le commencement! Hollywood n’est pas seulement le nom d’une institution qu’on utilise pour désigner l’ensemble du cinéma aux Etats-Unis. C’était, au départ, un simple endroit en Californie ou une poignée de jeunes gens se sont installés et ils n’avaient pas idée à quel point ils allaient changer le monde.






1923 - Le célèbre panneau marquait à l'origine :
''Hollywoodland'' afin de faire la promo-
tion d'un programme immobilier éponyme.
Décrépisant à vue d'oeil, il fut racheter en
1939 par la ville d'Hollywood afin de s'en
servir comme signalisation symbolique de
la popularité nouvelle d'Hollywood.
Qui et pourquoi? Début de l’installation en Californie
Le premier embryon de cinéma aux Etats-Unis peut être retracé à la fin des années 1890, dans ce qui était appelé les « Nickel Odeons », des salles qui offraient, pour un nickel (cinq sous) des projections variés qui duraient généralement une quinzaine de minutes. Au départ, les salles de projections étaient situées dans des quartiers pauvres et le public était majoritairement constitué d’ouvriers et d’immigrants. Par contre, plus les années avançaient, plus les gens étaient intrigués et avaient de plus en plus d’intérêt pour cette nouvelle forme de divertissement. Ainsi, au tournant du siècle, le public était de plus en plus distingué, la classe moyenne commença à venir assister aux représentations, forçant les propriétaires de salles de cinémas à investir dans des espaces plus luxueux. Ainsi, en 1907, on comptait près de trois milles salles de cinémas à travers les Etats-Unis et visités par une moyenne de deux millions de spectateurs quotidiennement.

Une industrie gagnant autant d’importance et ayant autant de potentiel de revenu allait bien sur mener à de la compétition. Les studios étant installés sur la côte Est, à New-York, ils subissaient constamment les hauts coûts exigés de Thomas Edison, qui avait breveté le  processus de création d’un film ainsi que les instruments de tournage. Edison étant un des compétiteurs sur le marché, il faisait tout en son pouvoir pour détruire les autres joueurs, réclamant un pourcentage des bénéfices que faisaient les autres compagnies sur le marché, poursuivant en justice systématiquement tous ceux qui refusaient de payer.
Hollywood en 1906 vs. Hollywood en 1922 (après l'arrivé des studios)
La côte Est est alors devenue une zone très compétitive, avec un sentiment de « guerre » entre compagnies de production. Certains ont donc décidé de s’extraire de cette tension et d’aller là où le soleil brille 350 jours par année, le prix des terrains est très bas, la main d’œuvre est abondante et les lois sur le brevetage sont beaucoup moins sévères, la Californie. C’est vers 1910 que les diverses compagnies et cinéastes indépendants décident de faire leurs valises et d’aller s’installer en Californie, à Hollywood. L’un des premiers arrivant est un dénommé David W. Griffith, qui va tourner, en 1915, Naissance d’une nation, considéré par beaucoup comme étant le premier long-métrage américain. Si les Nickel Odeons étaient l’embryon du cinéma américain, Naissance d’une nation est son passage à la forme humaine, c’est la naissance du cinéma des États-Unis comme on le connait aujourd’hui.

Naissance des studios de production
Le Nestor studios fut le premier studios de cinéma ouvert
à Hollywood en 1911. Il fut installé dans une ancienne taverne.
Le premier film qui y fut produit s'intitule ''The Law of the Range''
Lors de cette période de compétition, Edison, qui tente de contrôler le marché, fonde en 1908 la Motion Picture Patents Company (MPPC), qui a pour objectif d’empêcher qui que ce soit de réaliser ou projeter des films sans le feu vert d’Edison. Les sociétés indépendantes se sentant menacées et n’ayant plus les moyens de continuer à produire sous les règlementations d’Edison, elles décident donc de construire leurs propres studios. Il ne faut pas confondre ce qui était considéré comme un studio à l’époque et ce qui est appelé un studio aujourd’hui. De nos jours, le terme studio désigne l’entité qui choisit les films, investit l’argent, engage les acteurs et réalisateurs et s’occupe de la distribution tandis qu’au début du siècle, un studio était littéralement l’endroit où on tournait les films, le terme s’inspirant des studios de photographie. Les compagnies de production décident donc de garder leurs sièges sociaux à New-York et de construire des studios à Hollywood, pouvant ainsi avoir leur propre équipement, leurs propres terrains et décors pour tourner des films à leur façon, sans payer les sommes que la MPPC exigeait.
Georges Méliès (1861-1938) était d'abord un magicien, mais 
lors de l'invention du cinéma, il a vu en ce nouveau médium 
une opportunité de poussé ses illusions encore plus
loin, il est considéré comme l'inventeur des effets spéciaux.
          
    Au départ, les studios de cinéma d’Hollywood étaient très minimales, le secteur était encore une vallée et le déménagement vers l’Ouest fût si anarchique et rapide que les installations étaient très simples et grossières. La majorité des habitations se réduisaient à des campements, les films étaient tournés dans des granges ou des arrières cours de magasins, Hollywood n’était pas prêt à accueillir autant de nouveaux venus. Jesse Lasky, un producteur de l’époque, raconte : « Je me souviens d’un écriteau à l’arrière du tramway : ‘‘Ne tirez pas sur les lapins depuis la plate-forme arrière.’’ Je pense qu’ils craignaient qu’on touche le policier. Hollywood avait un seul policier et il se tenait au croisement d’Hollywood bd et Vine. » On voit que c’était un secteur qui ne s’attendait vraiment pas à ce genre de croissance soudaine et se doutait encore moins du géant qu’il allait devenir au cours du siècle.
            Cela va sans dire qu’Edison n’a pas laissé cela se faire en restant les bras croisés. Il s’est engagé à poursuivre sans relâche tous ceux qui osaient tenter de s’extraire du système. Le chef de file de ce mouvement, Carl Laemmle (l’éventuel fondateur de Universal) fut poursuivit en justice pas moins de 289 fois durant ces années. Par contre,  en 1910, ne pouvant tenir tête à tout ces nouveaux opposants et dû à des conflits internes, le cartel sur le cinéma d’Edison s’effondra et la compétition prit feu comme jamais. Ironiquement, durant l’âge d’or à venir, Hollywood allait recréer le même cartel qu’Edison lui imposait, celui auquel il tentait de s’échapper.
        
            Avènement du son et début de l’âge d’or
Les réalisateurs et studios étaient, à cette époque, majoritairement constitués d’artistes et de jeunes talents qui voulaient faire des films pour explorer un nouveau médium et distraire les foules. Par contre, les possibilités s’étendant très rapidement et leurs ambitions grimpantes exponentiellement, la production se mit à couter de plus en plus cher. En 1910, le prix moyen d’un film était d’environ 1500 dollars et le prix s’éleva ensuite jusqu’à 60 000 dollars en seulement dix ans. Ainsi, les réalisateurs et cinéastes amateurs n’avaient pas d’autres choix que d’aller chercher des financements extérieurs, c’est alors que les banques et producteurs entrèrent en jeu. Les studios devinrent alors une alliance entre des hommes d’affaires et des artistes ou, de façon plus imagée,  « désormais, saltimbanques et comptables doivent cohabiter ». C’était le début, plus ou moins, du système comme on le connait aujourd’hui et la naissance du « studio system » qui allait jouer un rôle primordial dans l’âge d’or à venir.
Ouvrant le 6 octobre, The Jazz Singer a révolutionné le médium. 
Le premier film avec des dialogues synchronisé représentant un acteur blanc
 en maquillage noir, puisque la stigmatisation des noirs était 
encore présente aux États-Unis à cette époque.
Le film qui symbolise le début de l’âge d’or fut le premier film parlant, en 1927, Le chanteur de Jazz. Avec l’avènement du son, les limites furent repoussées de façon considérable et les films avaient encore plus de potentiel de création. Ayant énormément d’argent des investisseurs et des moyens de productions se perfectionnant sans cesse, les studios avaient la possibilité de créer des méga-productions avec des milliers de figurants et des décors gigantesques. Par contre, les compagnies ne réussirent pas toujours à obtenir un retour sur leur argent, il y a donc une période où les studios s’endettent énormément, doublé à la crise économique de 1929, Hollywood tombe dans un gouffre monétaire. Pour se sortir du trou, Hollywood doit faire appel aux financiers, qui acceptent encore une fois de mettre beaucoup d’argent dans le cinéma, mais cette fois-ci, on doit faire les choses à leur manière. Il faudra attendre 1934 avant que cette alliance devienne rentable, mais ca aura valu la peine. Avec le son et les producteurs impitoyables, tous les éléments étaient présents pour mener à l’avènement de l’âge d’or et le règne du studio system.

Olivier Maltais