Déclin et chute de l’âge d’or (1938 à 1965)
L'âge d'or ayant eu son moment de gloire, malheureusement, le système ne pouvait pas duré et par un lent processus décisif, le studio system s’effondra pour laisser place à ce qui sera désigné par la suite comme le Nouvel Hollywood. Voici l'histoire de cette période.
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| La chute d'un empire |
Avènement de la télévision et le Sherman Anti-trust Act
Deux principaux éléments ont mené à la fin de l’âge d’or, un évènement précis qui fut comme une balle dans le genou droit des « Big Five » ainsi qu’un autre avènement qui commença à tranquillement ronger les studios tel un cancer pour éventuellement les mener à leur mort. Tout d’abord, en 1948, le système décida qu’il en avait assez d’être dominé par cinq géants qui empêchaient tout le monde de faire des profits. Jugeant que des pratiques comme les studios qui s’appropriaient des cinémas et le block booking étaient illégal, ils décidèrent de poursuivre les cinq studios majeurs en justice. Ainsi, en 1948, on assista au procès antitrust de Hollywood qui condamna les studios pour ne pas respecter le Sherman Antitrust Act de 1890 contre les pratiques monopolistiques du marché aux Etats-Unis (qui a comme première close : « Every contract, combination in the form of trust or other- wise, or conspiracy, in restraint of trade or commerce among the several States, or with foreign nations, is hereby declared to be illegal », rendant assez évident de quelle façon les studios l’enfreignait). Cette poursuite força les studios à se débarrasser de leurs salles de cinémas et à cesser le block booking. Ce n’était pas la fin immédiate des studios en tant que tel, mais suite à cet évènement, ils étaient sur leurs derniers miles. Les petits studios, qui n’étaient pas concernés par cette poursuite, ont réussit à prospérer et, voyant leurs principaux compétiteurs sérieusement handicapés, se retrouvèrent sur un marché leur étant favorable. Par contre, même eux n’ont pu entrer en compétition avec ce qui était en train de prendre leur place dans les maisons des américains, la télévision.
La télévision est devenue très populaire durant les années 50, (en 1954, plus de 30 millions d’américains ont une télévision chez eux) et Hollywood avait beaucoup de difficulté à se tenir à jour. Avec son système très rigide de production de film qu’il a développé durant les 20 dernières années au point de s’y complaire. Donc, la venue de la télévision faisait que les gens n’allaient plus au cinéma puisqu’ils étaient fatigués de voir des films répétant la même formule encore et encore. Les studios, dans une période de panique, eurent l’idée de faire d’encore plus grandes productions. Ainsi, ils investirent énormément d’argent dans des gigantesques productions espérant regagner le public qu’ils avaient perdu aux mains de la télévision, parce que après tout, ils avaient le plus grand écran, donc c’était logique. Mais malheureusement la solution ne fut pas la bonne, car Hollywood continuait de s’endetter et ainsi, le cinéma était en train de lentement mourir.
Montée de la contre-culture et du cinéma indépendant
Pour être honnête, on ne peut blâmer entièrement cette chute entièrement sur la télévision. Hollywood a un peu couru après ce qui allait lui arriver, car durant les années60, d’importants changements sociaux sont en cours et Hollywood semble se cacher la tête dans le sable. Les baby-boomers sont en train de devenir des adolescents qui rejettent (comme chaque nouvelle génération) les valeurs et habitudes de la génération qui les précède et Hollywood semble ne pas être au courant, ou les ignorer volontairement. Ils continuent donc à investir de l’argent dans des films destinés aux adultes, répétant les mêmes types de films génériques n’ayant aucune nouveauté ou véritable saveur. Mais les parents avaient une télévision qui leurs donnaient accès à ce genre de divertissement gratuitement dans leur salon. Ainsi, pendant qu’une génération entière qui eux avaient les moyens d’aller au cinéma étaient considérés comme inexistants, les adultes recevaient toute l’attention et en donnaient très peu en retour.
Les jeunes vivant durant le mouvement hippie s’intéressaient à une toute nouvelle contre-culture d’expérimentations diverses et les autres médiums qui ont réussit à s’adapter plus facilement, comme la musique ou la littérature, étaient le principal centre d’intérêt artistique de ces jeunes. Dennis Hopper explique très bien la situation de l’époque par rapport aux jeunes et le cinéma :
« Personne ne s’était jamais reconnu dans un film. Pendant que les gens continuaient de regarder Doris Day et Rock Hudson, les jeunes fumaient de l’herbe ou prenaient du LSD dans tous les love-in du pays ! »
De plus, grâce aux antitrust, les gros studios avaient beaucoup moins d’influence sur les films qui étaient diffusés et ainsi, cela permis à d’autres de se faire entendre. Des films indépendants ou étrangers qui n’étaient pas aussi coincés et pudiques que ceux du studio system trouvèrent un public parmi la nouvelle culture, avec un niveau de violence et de sexualité beaucoup plus élevé que ses confrères « tout public ». Les studios majeurs, ayant été rachetés par des compagnies diverses entrèrent dans une période ou prendre des risques étaient permis et même recommandé (contrairement à l’âge d’or), car cette nouvelle culture avait de l’argent et ils voulaient trouver un moyen d’y accéder, c’était la naissance du Nouvel Hollywood.
Début du Nouvel Hollywood
Étant prêt à tout pour récupérer son importance et sa gloire d’antan, Hollywood était prêt à prendre des risques comme jamais. En 1968, Columbia investit de l’argent dans le projet de Peter Fonda et Dennis Hopper, le film Easy Rider, mais sont hésitant et ne veulent pas y mettre un gros budget, car ils sont convaincus que le film ne sera pas un succès, donc la production s’étire et il y a de nombreuses complications. Par contre, l’année d’après, ce film qui reflète la façon dont la contre-culture se sent par rapport à l’Amérique, avec des héros motocyclistes qui n’en sont pas vraiment et sa représentation des drogues, de la sexualité et et la violence, Easy Rider est un succès monstre et marque le début officiel du Nouvel Hollywood.
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| Easy Rider fut un enfer à produire, puisqu'il fallait que les studios rigides et sérieux travaillent en collaboration avec la nouvelle génération qui avait beaucoup de ressentiment à leur égard. |
Les studios se mettent alors à investir de l’argent dans des nouveaux réalisateurs qui veulent travailler eux-mêmes sur leurs projets, du début à la fin, avec le moins possible d’intervention des producteurs et des studios. Certains vont même tenter de financer eux-mêmes leurs films, ayant une telle haine du système établit. De 1969 à la fin des années 70, le cinéma était dominé par une nouvelle sorte de réalisateur, ceux qui avaient grandit et avaient été élevés dans un monde où le cinéma existait depuis leur naissance et qui avaient une liberté totale par rapport à leurs projets. Pouvant ainsi faire les films à leur façon, ils donnèrent un second souffle au cinéma et pouvaient créer des œuvres d’arts provocatrices qui avaient un réel impact. C’est durant cette période que des acteurs ou réalisateurs tels que Francis Ford Coppola, Al Pacino, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Jack Nicholson, Robert DeNiro et Georges Lucas purent acquérir leurs lettres de noblesses en faisant des films tels que Le Parrain, Apocalypse Now, Taxi Driver, Les dents de la mer, La guerre des étoiles, Rencontre du troisième type et ce n’est que pour en nommer quelques uns.
L’histoire est beaucoup plus longue et complexe, mais il faut simplement retenir que cette époque a façonné énormément le cinéma comme on le connait aujourd’hui. C’est avec cette ère que l’on vit la naissance du « blockbuster » et la popularisation des suites, puisque avant que Le Parrain II sorte au cinéma et soit d’aussi bonne qualité que le premier, faire une suite était mal vu. De plus, La guerre des étoiles a prouvé qu’il y avait de l’argent lorsqu’on investissait dans des grosses productions de genres comme la science-fiction ou la fantaisie.
Olivier Maltais










